Articles divers

Psychanalyse et Droits de l'Homme

Psychanalyse et Droits de l'Homme
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Le Regard de la biométrie

Le Regard de la biométrie
2005
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Pétition pour le rejet de la candidature de Farouk Hosni à la présidence de l’UNESCO (2009)

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Lettre ouverte à la nouvelle direction de l'UNESCO

Lettre ouverte à la nouvelle direction de l'UNESCO
2009
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Questions sur l’Universel et la diversité

Questions sur l’Universel et la diversité
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Questions sur l’Universel et la diversit[...]
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Pourquoi Michel Onfray ne parvient-il pas à critiquer Freud ?

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DSK, Éros et Thanatos

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Mai 2011
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Pourquoi Fillon doit avoir honte de J.F Copé ?

Pourquoi Fillon doit avoir honte de J.F Copé ?
Libération, sans date
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La Note bleue

La Note bleue
in "Lila et la lumière de Vermeer, La psychanalyste à l'école des artistes", Denoël, Paris, 2003, p.145-161
Article écrit en 1976.
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La Vocifération des chrétiens de Civitas

Hier après-midi, un nombre appréciable de « restaurateurs » de « Civitas » - la cité catholique - s’était réuni dans l’enthousiasme, place de l’Alma, pendant qu’à quelques pas de là, au théâtre du Rond Point, se jouait la pièce de Rodrigo Garcia, Golgotha picnic.

Un des prêtres qui animait le cortège, disciple de monseigneur Lefèbvre, tenait des propos qui permettaient de comprendre enfin, en toute clarté, qui était le responsable du malaise effrayant accablant la France, fille aînée de l’Eglise. Ce responsable avait un nom, connu depuis des millénaires, qui retrouvait hier sa fraîcheur d’antan : ce nom était celui de « Satan ». C’était lui qui était responsable du fait que le théâtre du Rond Point puisse recevoir des subventions du ministère, afin de monter et de montrer des œuvres diaboliques visant à blasphémer le Christ. Naturellement, expliquait ce prêtre, Satan était également responsable de Descartes, de Rousseau, et de toute la clique de penseurs qui, au nom d’une liberté soi-disant donnée par Dieu (le libre arbitre), considérait que l’homme pouvait être un créateur. Pourquoi ne pas sourire devant ce discours, qui, après tout, pourrait sembler comique ? Pour plusieurs raisons. La première apparaît quand nous apprenons que le mentor de ces catholiques de Civitas est Alain Escada qui a toujours eu des liens politiques avec l’extrême droite, et qui se vantait d’avoir reçu hier un mail du député UMP, Pierre Remiller, lui apprenant l’existence d’une liste de 56 députés signataires d’une pétition contre la christiano-phobie.

      Alain Escada en tant que bras armé de l’abbé Régis de Cacqueray – chef de la fraternité de Saint-Pie X - n’est pas tout à fait en odeur de sainteté avec l’archevêque de Paris qui n’est pas un sympathisant des catholiques Lefebvristes et qui a proposé aux chrétiens de Notre-Dame de prier et de parler en disant en quoi, après avoir vu Golgotha picnic ils étaient choqués ou réticents. En ce point il y a un discord radical entre les chrétiens qui fréquentent Notre-Dame et ceux de Civitas, qui fréquentent Saint-Nicolas du Chardonnet : on apprend en effet, avec stupeur, que ceux-là même qui portent l’indignation contre le théâtre du Rond Point au plus haut, se refusent en fait à voir le spectacle Golgotha picnic. Dès lors, cette question se pose : pourquoi ne pas juger par soi-même de la manifestation de Satan et de son action blasphématoire ? Les catholiques de Civitas n’auraient-ils pas confiance dans leur propre jugement ? À moins de penser qu’ils ne disposent pas d’une connaissance spirituelle suffisante pour soutenir leur objection ? Il semblerait en effet qu’ils auraient un rapport simplifié aux textes sacrés, et qu’ils seraient dispensés d’une connaissance approfondie des évangiles.

      Il y a encore une autre éventualité : serait-il possible que la véhémence à laquelle se laissent aller certains d’entre eux, puisse tenir à la fascination pour la vocifération à laquelle il leur est proposé de se laisser aller ? Il s’agit à cet égard de comprendre de quoi est fait le pouvoir du cri qui est dans la voix. Cette énigme tient au fait qu’un sujet puisse être subjugué par sa propre voix quand elle n’est plus sous le joug de la parole : la voix s’émancipant de la parole devient en effet vocifération. Cessant d’être mesurée par le sens elle acquiert un pouvoir incommensurable sur l’esprit critique.

      Cette voix ne nous évoque-t-elle pas le pouvoir immense qu’eurent les vociférations d’un Céline sur la génération qui connut la collaboration. N’y a-t-il pas une grande pertinence dans la façon dont Julien Gracq compare la voix de Céline, sa flûte, à la flûte des preneurs de rats qui, au Moyen-âge, entrainait des milliers de rats, de ratés, derrière elle. Difficile en ce point de ne pas évoquer le pouvoir de ces flûtes humaines lorsqu’elles s’incarnèrent dans les voix de ces deux grands meneurs de rats que furent Hitler et Mussolini.

      La vocifération expose immédiatement au blasphème. Alors qu’au Moyen-âge le blasphème portait sur le fait de donner un nom à l’être indicible de dieu (nom de Dieu, nom de nom, nom d’un chien…) aujourd’hui le blasphème raciste consiste à nommer l’être humain : que signifie « sale pédé, sale juif, sale bougnoul » sinon : tu « es » pédé, tu « es » un juif … et cet « être » est sale.

      Concluons : peut-on imaginer ce qui aurait pu se passer si les chrétiens de Civitas, huant Golgotha picnic, avaient assisté au spectacle ? N’auraient-ils pas été stupéfaits d’entendre que le spectacle se terminait par l’œuvre musicale de Haydn Les Sept dernières paroles de Jésus donnant à entendre, ce que la musique seule peut faire entendre : non pas ce que le christ a dit, mais ce qu’il n’a pas dit ; un silence inouï, précédant son agonie par lequel il adressait, pour la dernière fois, aux hommes ses sept dernières paroles auxquelles Garcia, traduisant Haydn, donne la signifiance suivante :

     « Faites comme moi, sautez dans le vide du silence et de la solitude, livrez-vous à l’extase solitaire… Je ne vous dis pas sautez par la fenêtre, je vous dis : sautez à l’intérieur de vous-même, jouissez de la chute, ne laissez personne vous déranger, la solitude est tout ce dont vous êtes assurés… »

      Qui, en prenant le risque d’entendre cette musique de Haydn, traduite par ces paroles de Garcia, pourrait oser vociférer que ces paroles ont été écrites par un esprit satanique, pour un théâtre subventionné par Satan ?

La Vocifération des chrétiens de Civitas
Vocifération autour de Golgotha Picnic.p[...]
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Parole ou vocifération ?

En ayant eu le courage de s’immerger pendant un an dans les différents courants qu’empruntent, en France, les droites extrêmes, Jean-Baptiste Malet apporte un témoignage dont on peut ne pas mesurer immédiatement ce qu’il nous transmet.

Pourquoi en effet faut-il un temps d’après coup pour parvenir à entendre, ce qui est dit, au-delà de ce que laisse entendre cette profusion de discours dans lesquels parlent des représentants du négationnisme, du pétainisme, de l’OAS, du racisme le plus banal ?

Parce qu’avec le temps, il est possible de trouver le point de vue d’où peut apparaître, par-delà l’apparente diversité des discours racistes, la source commune qui les unifie et les abreuve. Cette source est comparable à la source qui est voilée dans le flot du ruisseau, qui a le charme de l’origine, de la spontanéité et, de ce fait, le pouvoir de rappeler à tout auditeur, qu’à une telle source, fraîche et innocente, toute parole peut s’abreuver aujourd’hui comme elle le fit jadis, au « cri » d’où elle émergea. « Jadis » la poussée qui nous orienta vers le langage s’empara, en effet, en s’y greffant, de cette source qu’était le « cri » humain, pour le métamorphoser en une chose incroyable : la parole. Celle-ci surgissait de ce fait comme un mixte ayant deux faces hétérogènes : le son et le sens, le cri et la dialectique, la pulsion et le désir…

       Dans cette perspective nous pouvons dire qu’un discours est orienté par la façon dont il laisse cohabiter le cri et le sens, dont se marient ou pas, la parole et la voix. Lorsqu’il y a « mariage », la musique de la voix peut se mettre au service du sens transmis par la parole : l’opéra nous le démontre depuis que Monteverdi en a frayé la possibilité.

Mais il peut se faire que la voix se dissocie du sens et transmette essentiellement sa dimension de cri. Chose étrange, cette « vocifération » est alors douée, auprès des amoureux du fascisme, d’un étrange pouvoir de fascination. Etrangeté de l’influence qu’eurent, par exemple, le cri des pamphlets de Céline, sur une génération. Ne fut-elle pas liée au pouvoir stupéfiant de sa « vocifération » ? La comparaison que fit Julien Gracq entre le pouvoir de sa voix et la fascination qu’exerça, jadis, la flûte du preneur de rats, est éloquente : elle illustre de façon impressionnante la façon dont un peuple de rats - ou de ratés - put être charmé, à l’occasion de la collaboration, par la flûte de Céline qui fit résonner des hymnes aryens invoquant la pureté de la race blanche. Personne aujourd’hui ne peut oublier ce qui se passa quand cette flûte s’incarna dans les voix des fascistes Mussolini et Hitler. Le fait qu’aujourd’hui la voix diabolique du fascisme se « dé–diabolise » est-il un symptôme d’une époque où le sens des mots, le sens de l’histoire, pourrait avoir, une nouvelle fois, pour certains, moins de charme que la vocifération fasciste ? Comme si la véhémence du cri, sous prétexte de donner à entendre la sincérité d’une frustration, pouvait se donner comme tenant lieu de la vérité. 

Parole ou vocifération ?
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