Note d'intention

- En septembre 1932, époque où les fascismes européens s’avèrent de plus en plus dangereux pour la paix, la Société des Nations, par l’intermédiaire de sa commission internationale de coopération intellectuelle, s’adresse à Einstein et à Freud pour leur proposer d’écrire une correspondance qui, émanant de savants internationalement reconnus, pourrait contribuer, dans l’esprit de la SDN, à ce que les esprits ne se laissent pas gagner, comme en 1914, par les passions nationalistes et puissent à cet égard faire entendre la voix du pacifisme.

Freud le 20 juin 1932 accepta, non sans une certaine réserve, car il savait que ce qu’il avait à dire ne correspondrait pas au discours humaniste de la SDN.

Il récusa à cet égard le titre proposé par la SDN « Droit et violence » en proposant celui, plus radical, de « Warum krieg ? » (Pourquoi la guerre ?).

La publication de cette correspondance parut en Allemagne 2 semaines après l’élection d’Hitler et fut aussitôt interdite. De toutes façons elle était vouée à disparaître puisque 2 mois après, le 10 mai 1933, les partis nazis organisèrent des autodafés rituels où les livres des « sous hommes », dont Freud et Einstein étaient les premiers représentants, furent tous brûlés en place publique dans un enthousiasme débridé.

J’ai pris le parti d’adapter leur correspondance en imaginant un dialogue qui aurait eu lieu entre eux, dans cette journée du 10 mai 1933.

 

La pièce dans son rapport à l’Unesco

 

- Cette correspondance qui n’eut que 10 jours d’existence en Allemagne nazie retrouva droit de cité 12 ans plus tard, lorsque à la défunte SDN, succéda le 16 novembre 1945 la création de l’Unesco à Londres par 37 pays signataires.

Depuis lors, un certains nombres de textes écrits, dans les années 33 ; par des intellectuels européens (Paul Valéry, Henri Focillon, Aldoux Huxley, André Maurois et d’autres), dont la correspondance de Freud et Einstein,font partis du patrimoine de l’Unesco.

C’est dans cette perspective que j’ai choisi, en partenariat avec le bureau philosophique de l’Unesco et avec la fondation Beaumarchais, de redonner vie à cette correspondance à travers un dialogue théâtral entre Freud et Einstein dans lequel j’ai essayé et d’être fidèle à ce qu’ils s’écrivirent tout en confiant a une certaine  fiction la possibilité de transmettre ce qui, au delà de l’écrit, se serait peut-être dit entre ces deux hommes étonnants si cet entretien avait eu lieu.

 

Ce texte a été lu par Daniel Mesguich (dans le rôle d’Einstein) et Jean-Luc Palliès (dans le rôle de Freud) le 20 novembre 2008, à l’Unesco, dans le cadre du colloque international de philosophie commérant le soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (décembre 1948).