Extraits

SCÈNE I – JIMMY

     Il marche dans la rue, croise des passants sans comprendre où il est.

JIMMY : Je suis donc là comme une andouille et j’attends. J’attends la suite, car je le sens bien il devrait y avoir une suite. Autour de moi ça bouge, ça charivari, ça sonne et une voix me dit « tout ça n’a aucun sens ».

     Je crois que je suis, en ce moment, dans ce qu’ils appellent ici une foule. Une foule est, d’après ce que je sens, un ensemble incohérent de vivants qui bougent dans tous les sens.

     Je les regarde, ils marchent, il y a des gros, des petits, des « calvitieux », ils vont dans tous les sens, où vont-ils ? Ils donnent l’impression de le savoir.

     Ils marchent avec leurs pieds, grâce à deux jolis tuyaux qu’ils appellent jambe. Moi aussi j’ai des pieds, deux pieds, donc deux jambes, car manifestement chaque pied a sa jambe. Autour des pieds, il y a une enveloppe qu’ils appellent chaussure, et autour des jambes un linge, ce linge est un pantalon.

     Tous ces mots, si jolis, continuent à me venir les uns après les autres, c’est vertigineux. Le mot “vertigineux” est très rigolo, il sonne bien, il ne faudra pas l’oublier.

     “Oublier” voilà aussi un mot nouveau que je trouve rigolo. Sans parler du mot “rigolo” lui-même qui est absolument tordant. Encore un peu et je vais bientôt me tordre de rire.

     Je pense à mes pieds, à cause de ces foutues chaussures je ne vois pas à quoi ils ressemblent, j’ai foutrement envie de balancer ces chaussures pour voir comment sont faits mes pieds mais, là encore, quelque chose me dit qu’il ne conviendrait pas que je me déchausse dans cette foule pour voir mon pied. Il me faut attendre, attendre que je sois seul pour prendre mon pied et le regarder. Seul, être seul, voilà une nouvelle idée à n’oublier sous aucun prétexte.

     En les voyant marcher, quelque chose comme des souvenirs me reviennent. Les tout petits pas qu’ils font, les tout petits bonds qu’ils font, ne correspondent pas, je crois, à ma vraie nature. Ai-je donc une nature à moi, différente de la leur ? Il me semble, oui il me semble que je viens d’ailleurs et que là d’où je viens, il y a des millions d’années peut-être, j’étais sauterelle.

     Soupçonnent-ils que parmi eux marche une ancienne sauterelle ? Je les regarde, ils semblent ne se douter de rien, serais-je tombé dans un monde d’abrutis ?

 

SCÈNE II -  O’MURSY, LA SECRÉTAIRE                      

 

     Le bureau n°1 est situé sur un plan supérieur.

     O’Mursy regarde différentes photos de Jimmy qui sont épinglées au mur. Il les commente pour la secrétaire.

 

O’MURSY : Il progresse à la vitesse grand V. Je dois dire que nous ne pouvions pas soupçonner une telle capacité d’adaptation chez notre Jimmy. Il s’est presque instantanément adapté au chaos dans lequel il s’est réveillé, sachant tout de suite, miraculeusement - si nous voulions parler comme eux - qu’il était jeté dans un monde qui n’était pas le sien et qu’il s’agissait là, en quelque sorte, de quelque chose comme un secret qu’il devait spontanément garder en son for intérieur.

     En voyant notre Jimmy, perdu parmi ces humains, mon vieux cœur s’est serré. N’est-ce pas émouvant d’être témoin de l’angoisse qu’est pour lui le fait de se trouver incarné dans un corps sexué qu’il lui faut commencer à explorer.

 

LA SECRÉTAIRE : Vous le trouvez normal avec son pied ?

O’MURSY : C’est vrai nous ne pensions pas qu’il s'orienterait tout d’abord vers le pied mais, qu’importe s’il nous surprend un peu, pouvions-nous tout prévoir ?

 

SCÈNE III : MAX, DOCTEUR FINKELSTEIN

    

     Bureau du docteur Finkelstein, psychanalyste.

     Max  - tueur professionnel -  est allongé sur le divan et parle.

 

MAX : Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, à l’agence, c’est quand même un travail qui peut devenir fatiguant.

     La dernière fois ils m’ont dit cette fois-ci mon petit Max c’est vraiment les doigts dans le nez, tu n’as même pas à prendre ta voiture, c’est à deux blocs de chez toi, tu y vas à pied, au troisième étage avec l’ascenseur, la secrétaire Daisy, elle marche avec nous, te fera entrer immédiatement dans le bureau du client, il sera seul, voilà c’est tout.

     C’est vrai que ça s’est passé comme ça, les doigts dans le nez, à deux blocs de chez moi à pied, troisième étage gauche, Daisy pour ouvrir la porte et me faire entrer directement dans le bureau de la cible. Mais... mais... le cœur n’y est plus. Vous comprenez ça docteur ?

DOCTEUR FINKELSTEIN : La cible c’est … ?               

MAX : Harrington pourrait-il comprendre cette lassitude qui s’empare de moi, depuis quelque temps, pour le travail ? Quand je pense à l’allégresse qui m’a toujours envahie quand j’avais un nouveau contrat en poche, je me dis pourquoi ? Pourquoi plus d’allégresse ? Pourquoi ne plus connaître cette fébrilité, cette impatience, en sentant l’engin dans ma poche ?

DOCTEUR FINKELSTEIN : L’engin ?

MAX : Je pense à l’ardeur que j’avais avant en imaginant toutes ses parties chéries, le barillet brillant, la crosse en nacre, le canon bleuté ?

     À chaque nouveau contrat, j’étais comme transporté, j’avais des ailes, j’allais là où ça devait se passer avec une légèreté qui me faisait aller droit au but. Vous connaissez ce genre de légèreté docteur ?

DOCTEUR FINKELSTEIN : m m…

MAX : Aujourd’hui, je ne peux plus me le cacher, je tergiverse. Objectivement, hier, tout c’est passé normalement mais moi, je sais bien que ça ne s’est pas passé normalement. Je n’avais qu’à prendre Mean Street pour arriver directement au 32 Blair Street, eh bien non, j’ai fais un crochet par Edward Avenue, ça m’a fait prendre dix minutes de retard, j’avais beau me dire « la Daisy doit s’impatienter », je n’ai pas accéléré pour autant, ce que j’aurais pu faire pour rattraper le temps perdu.

     Dans le temps je n’aurais jamais fait attendre un client. Est-ce que vous faites attendre vous ?

     Évidemment pour lui c’est toujours ça de pris mais, pour moi, ce n’est plus du travail soigné.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Vous aimez le travail soigné ?

MAX : Je me mets à parler comme un vieux, je dis « dans le temps, j’aurais fait ci, j’aurais fait ça » mais bon dieu c’est la vérité, dans le temps, à supposer que j’eusse pris du retard, j’aurais pressé le pas, j’aurais même couru, est-ce que je cours maintenant ? Non, je lambine, je passe par Edward Avenue et j’arrive dix minutes en retard.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Et ce retard a été… ?

MAX : Il se trouve que tout c’est passé au poil mais, s’il y avait eu un accroc, si, pendant ces dix minutes, la cible avait décidé d’aller acheter des cigarettes alors j’aurais échoué  et tout le monde à l’agence se serait bien rendu compte que je n’étais plus celui que j’avais été. Vous comprenez ça docteur ?

 

SCÈNE IV : JIMMY, GROSSE DAME, O’MURSY

 

     Victoria’s Garden

     Jimmy est assis sur un banc. À côté de lui la grosse dame.

     O’Mursy observe Jimmy de son bureau.

 

JIMMY : Chaque jour j’y vois un peu plus clair, et j’en retire une grande satisfaction intellectuelle. Actuellement je suis assis place Louise sur un magnifique banc en bois pour observer un groupe de nains qui courent dans tous les sens en hurlant comme des sauvages.

     L’observation de ces nains braillards, qu’une assemblée de grosses dames couve d’un œil compatissant, m’indique donc que ces humains sont répartis en géants et en nains turbulents. Moi-même, me trouve donc faire parti du groupe des géants sans comprendre pourquoi. C’est ainsi.

     Je suis particulièrement troublé par le regard d’adoration avec lequel la grosse dame assise à côté de moi, regarde les deux nains qui n’arrêtent pas de courir auprès d’elle.

     Je ne parviens pas à saisir la cause de l’attrait qu’ils exercent sur elle, ils sont sales, vulgaires, hurlant à tue-tête, bref repoussant. Instinctivement je sais qu’il convient de cacher ma répulsion.

GROSSE DAME : Ils sont mignons n’est-ce pas ?

JIMMY : Ils sont adorables.

     Je suis surpris par ma voix que je n’avais jamais entendue. Elle a une beauté et une sincérité stupéfiante et elle vient de mentir.

GROSSE DAME : Lui il a 4 ans, c’est un enfant très délicat, pas comme la petite.

JIMMY : Ils ne sont donc pas des nains mais, ce qu’on appelle ici, des enfants. Je sens mon intelligence travailler toute seule c’est agréable, je n’ai pas à me forcer pour comprendre que ces pauvres gens sont soumis au temps, le petiot deviendrait un jour un homme et la petiote une femme. Inversement la grosse dame qui est à côté de moi a donc été, un jour, une humble petiote. Je ne veux pas résister à la joie que me donne cette pensée.

     Vous avez donc, vous-même, été un jour une humble petiote ?

 

     Dans le regard de la grosse dame, s’allume une stupeur dont l’intensité est immédiatement balayée par l’expression d’une méfiance intense.

     Sans un mot, elle se lève, appelle les deux marmousets d’un ton sans réplique :

 

GROSSE DAME : Émile, Émilie venez tout de suite.

 

     Elle s’enfuit littéralement avec eux.

 

JIMMY : Chaque sexué avait donc un nom ? Moi aussi j’ai peut-être un nom ?

 

     Une lumière éclaire soudainement le lieu où siège O’Mursy.

 

O’MURSY : Oui, tu as un nom dit la voix, tu t’appelles Jimmy mon garçon !

JIMMY : C’est vous monsieur ?

O’MURSY : C’est bien moi Jimmy, je suis là avec toi.

JIMMY : Tout s’éclaircit. O’Mursy m’avait retrouvé, j’avais retrouvé O’Mursy. Je cesse d’être exilé dans le noir.

     Vous allez revenir Monsieur ?

O’MURSY : Bientôt Jimmy, je vais t’envoyer ma secrétaire !

 

SCÈNE V - O’MURSY, LA SECRÉTAIRE

   

     Bureau n°1

 

O’MURSY : Notre Jimmy a été formidable, au-delà de ce que nous pouvions espérer. Nous pensions qu’il trouverait le chemin en lisant leurs livres, pas du tout, c’est par l’observation directe qu’il a découvert, en ne s’autorisant que de lui-même, les points essentiels à savoir qu’ils sont périssables, soumis à l’usure temporel et qu’ils sont sexués.

LA SECRÉTAIRE : N’était-il pas  prévu qu’il se débatte un peu plus longtemps  tout  seul ?

O’MURSY : Je sais déjà que certains, au comité, me feront le reproche, diront qu’il aurait fallu le laisser errer d’avantage. Je le sais mais j’ai l’appui inconditionnel de O’Trého pour tout ce qui touche à la mission de Jimmy.

 

SCÈNE VI - MAX, DOCTEUR FINKELSTEIN

    

     Bureau du docteur Finkelstein.

     Max est allongé sur le divan et parle.

 

MAX : Harrington pense que je fais une petite dépression. Il m’a dit j’ai connu ça une fois, c’est banal tu sais avec la pression qu’on a sur le dos. Pression dépression ça marche ensemble, tu vas prendre un peu de repos Max tu en as besoin.

     Ce qui me tracasse il a dit c’est que si tu arrêtes tout de suite le contrat Madison ça va foirer parce que c’est comme ça Max, je vois personne d’autre que toi pour ce contrat. Tu vois ?

     Il a ajouté, sincèrement Max tu peux faire ça pour la boîte, juste un dernier effort avant de te mettre au vert ?

     Qui peut résister à Harrington quand il vous avoue avec ce ton-là que vous êtes vraiment le seul ?  Si vous êtes le seul, entre tous, à ses yeux, c’est vraiment comme s’il vous parlait d’amour.

     Moi, docteur Finkelstein, les déclarations d’amour ça me les coupe, j’ai jamais pu m’y faire aux foutues déclarations. C’est leur sincérité qui me tue docteur, celui ou celle qui vous la fait se fait si petit, si dépendant de votre hauteur que lorsque vous retombez de là-haut ça peut vraiment faire mal.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Pourquoi retombez-vous ?

MAX : Pourquoi je retombe ? Excusez le jeu de mot mais je tombe de haut docteur Finkelstein, si vous ne savez pas pourquoi l’amour vous fait tomber si bas, aussi bas que je suis maintenant, alors qu’est-ce que je fous ici ?

DOCTEUR FINKELSTEIN : Laissez-moi vous rappeler, cher, que vous êtes venu me voir pour  cette petite dépression que vous ne vouliez pas soigner au prozac. C’est exact ?

MAX : C’est exact.

DOCTEUR FINKELSTEIN : C’est tout à votre honneur Max.

MAX : À mon honneur ?

DOCTEUR FINKELSTEIN : Cela prouve que vous êtes capable de croire au pouvoir de la parole. Je me trompe ?

MAX : La parole a du pouvoir docteur ?

DOCTEUR FINKELSTEIN : Par exemple celui de vous redonner du goût pour vous lever le matin et aller à votre travail. Aimez-vous votre travail Max ?

MAX : En principe oui mais, en ce moment...

DOCTEUR FINKELSTEIN : Oui vous me l’avez déjà dit, il y a cette fatigue qui vous gêne, qui vous empêche... Quel est le mot juste Max ?

MAX : C’est comme une lassitude... Je me sens vieux, trop vieux pour mon métier.

DOCTEUR FINKELSTEIN : De quel métier parlez-vous mon vieux ?

MAX : On parlera de mon métier une autre fois Docteur.

DOCTEUR FINKELSTEIN : De quoi êtes-vous lasse ? Peut-être ne vous autorisez-vous pas à trouver du plaisir dans votre travail ?

MAX : Chiqué docteur Finkelstein, vous pourriez dire ça à n’importe qui.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Vous n’êtes pas n’importe qui n’est-ce pas ?

MAX : Je ne sais plus qui est mon “qui” Docteur. Je me sens comme n’importe quel “qui”. Vous croyez que vous pouvez m’aider Finky ? Vous permettez que je vous appelle Finky ?

 

SCÈNE VII - LA SECRÉTAIRE,  JIMMY

 

     Chambre de Jimmy

     Jimmy est dans sa chambre d’hôtel. On frappe à la porte. Il ouvre c’est la secrétaire.

 

LA SECRÉTAIRE : Bonjour Jimmy.

JIMMY : Vous êtes...

LA SECRÉTAIRE : Oui je suis sa secrétaire. Alors où en êtes-vous ?

JIMMY : Cette retrouvaille est une telle joie, vous ne pouvez pas savoir... Le plus émotionnant c’est quand il m’a parlé ça été la confirmation du soupçon que je n’étais pas d’ici.

LA SECRÉTAIRE : Il vous a dit pourquoi vous étiez ici ?

JIMMY : Il a dit que je n’étais pas encore tout à fait  assez mûr mais que j’allais être mis au parfum très bientôt.

LA SECRÉTAIRE : Vous vous plaisez chez eux Jimmy ?

JIMMY : Ils sont touchants, ils ont beaucoup d’attention avec moi, ils me trouvent très beau.

LA SECRÉTAIRE : Ah bon ?

JIMMY : Hier soir, par exemple, quand je suis rentré à l’hôtel, Mme Smith m’a dit : « Voilà notre beau garçon ». Ça à fait glousser la jolie Maureen, je ne saurais dire pourquoi mais ce gloussement m’a fait comme plaisir.

     Je suis monté dans ma chambre et je me suis regardé dans la glace de la salle de bain. C’est vrai, je suis beau.

     Ma bouche est adorable, mes yeux sont habités par une lueur, mon nez... J'ai trouvé cette image si belle que quelque chose m’a poussé à me rapprocher de cette image adorable et à baiser de mes lèvres les lèvres qui s’étaient approchées de moi dans le miroir. Est-ce que j’ai le droit de faire des choses pareilles ?

 

     Elle le regarde longuement sans répondre.

 

SCÈNE 8        O’MURSY, LA SECRÉTAIRE

    

     Bureau n°1

 

O’MURSY : Oui cette fois, il est mûr. Il a appris qu’il était beau, exceptionnellement beau. Le travail qui va pouvoir commencer.

LA SECRÉTAIRE : Alors leurs femelles devraient tomber folles de lui ?

O’MURSY : Oui et, nous allons enfin pouvoir comprendre ce qu’est cette folie qu’ils appellent « amour ».

 

     O’Mursy montre à la secrétaire les photos de deux femmes qui sont au mur.

 

O’MURSY : Voilà, c’est avec elles que ça va se passer. (Il montre Maureen.)  (Il montre Lucile.)Avec elle le sexe et avec elle ce qu’ils appellent « l’amour », on va bien se marrer.

 

     Visage lugubre de la secrétaire.

                       

SCÈNE IX : LUCILE           

     Place Louise.

     Lucile s’assoie sur un vieux banc esseulé.

 

LUCILE : Cher vieux banc, tu es bien là, c’est bon de te revoir vieille canaille, tu tiens le coup, un peu humide peut-être mais quand même tu tiens le coup, est-ce que tu es content, je veux dire vraiment content de me voire ? Réponds-moi vieux salopard, réponds et dis-moi si celle qui te parle est une pute, une conne ou une maligne ? Ne me laisse pas tomber vieux banc, je sens bien qu’il te reste encore des forces, ton bois n’est pas si vermoulu tu sais, il reste vert malgré ces saloperies de champignons.

                                                          

 

SCÈNE X : LA SECRÉTAIRE - JIMMY

 

     Chambre de Jimmy

 

LA SECRÉTAIRE : Ils vous trouvent assez mûr pour être mis au courant de la mission : nous voulons une enquête complète sur le phénomène qu’ils appellent ici l’amour.

     D’après nos spécialistes, s’ils n’étaient pas entravés par cette quête irrationnelle, ils n’auraient pas mis trois millions d’années, mais, trois cents ans, pour accéder à leur niveau actuel de Sapiens sapiens. Vous comprenez que nous ne pouvons pas prendre le risque d’envisager une collaboration avec une espèce qui est animée par une force qui demeure incontrôlable.

 

     Jimmy encaisse l’information. Il est comme abasourdi.

 

LA SECRÉTAIRE : Vous vous rendez compte Jimmy, que vous êtes porteur d’une mission grandiose ?

JIMMY : C’est donc pour appâter leurs femelles que j’ai été fait si beau ?

LA SECRÉTAIRE : Elles vont craquer, elles n’auront aucune chance de résister à une gueule pareille. Votre gueule, a été conçue par nos spécialistes, à partir de leurs romans, leurs romans-photos.

JIMMY : C’est pour ça  que quand elles me voient, elles  deviennent toutes pâles ?

LA SECRÉTAIRE : C’est pour ça. O’Mursy suggère que vous preniez des photos de cet instant fécond où elles changent de couleur. Selon lui, si on pouvait examiner ce que montre leurs faces extasiées, ils apprendraient quelque chose de nouveau. Il conseille que vous laissiez entrer dans votre chambre la jeune Maureen.

 

     La secrétaire sort. On frappe à la porte, Jimmy ouvre, entre Maureen apportant le petit-déjeuner.

 

SCÈNE XI –JIMMY, MAUREEN, O’MURSY

     Chambre de Jimmy.

     Bureau K.

 

     O’Mursy de son bureau observe.

 

MAUREEN, portant le plateau : Bonjour M. Jimmy.

 

     Elle regarde Jimmy, toute pâle.

 

O’MURSY : Eh bien mon garçon qu’attendez-vous pour la photo, vous ne voyez pas qu’elle est toute pâle ?

JIMMY : Puis-je vous prendre en photo Melle Maureen ? Posez le plateau là.

 

     Maureen prend la pose, Jimmy prend son appareil de photo et la cadre.

 

O’MURSY : Vous avez trop attendu maintenant elle est toute rose.

JIMMY, complètement indécis : La lumière n’est pas bonne.

O’MURSY : Refaite lui votre sourire.

JIMMY, regarde Maureen, lui refait son sourire éclatant : Vous ne voulez pas vous asseoir sur le lit Melle Maureen, la lumière sera meilleure.

 

     Maureen s’assoit sur le lit. Jimmy reprend l’appareil de photo.

 

O’MURSY : C’est pas possible maintenant elle est rouge pivoine.

MAUREEN : Pourquoi voulez-vous faire des photos M. Jimmy ?

JIMMY : C’est parce que ...

MAUREEN : C’est parce que vous me trouvez jolie ?

O’MURSY : Pourquoi est-ce qu’elle lui demande ça ? Tout le monde le sait qu’elle est jolie, elle est complètement idiote !

JIMMY : Oui je vous trouve très jolie, avec cette lumière il y aurait une jolie photo, il faudrait que vous vous releviez.

 

     Jimmy s’approche de Maureen, la prend par les épaules pour la relever. Elle ferme les yeux, s’offre à un baiser qui tarde.

 

O’MURSY : Jimmy on vous a dit que lorsqu’elle fermerait les yeux vous deviez l’embrasser.

    

Jimmy embrasse Maureen. Le baiser devient de plus en plus passionné.

 

O’MURSY : C’est le grand moment Jimmy. Toute l’équipe est avec vous et vous souhaite bonne chance.

 

SCÈNE XII - MAX, DOCTEUR FINKELSTEIN 

 

     Bureau du docteur Finkelstein.

     Max est allongé sur le divan, il parle.

 

MAX : « J’aimerais que Max fasse une licence ou quelque chose dans ce genre à la faculté », disait maman et papa répondait : « bon dieu de vieille peau tu ne vois pas que ton fils est un arnaqueur qui s’intéresse qu’à truquer les choses et qui lèverait pas le petit doigt pour aller dans le sens des choses droites qui vous grandissent un homme ».

     « Et pourquoi ton fils n’aimerait pas, comme toi, ce qui vous grandit un homme » demandait maman et maman insistait : « Qu’est-ce que tu as pas fait pour qu’il ne soit pas, comme toi, amoureux de la vérité des choses ? » et papa poussait son fameux soupir : « Oui, qu’est-ce que j’ai pas fait, qu’est-ce que j’ai pas su dire à cette enflure ? Est-ce que je peux savoir ce que j’ai pas su lui dire ? Est-ce que je peux savoir pourquoi ça l’a toujours fait rire dès que j’essayais de lui parler du fond des choses ? Est-ce que je peux savoir pourquoi il me prend pour un comique ce crétin ?”

     « Peut-être parce que tu te prends pour un crétin ? » disait maman.

     « Parce que c’est drôle d’avoir un père qui est un crétin ? » demandait papa.

     « Oui c’est drôle, très drôle même, surtout pour un garçon très intelligent » disait maman.

     « Parce que ton crétin est un génie ? » demandait papa.

     « Mon crétin trouve sûrement très drôle d’être pris pour un crétin par un crétin » elle répondait.

     J’étais dans ma chambre, au dessus, je me demandais s’ils savaient que j’entendais leur ronron, pour l’entendre je l’entendais, c’était comme un disque rayé qui jouait la même chanson tous les soirs, après le dîner, car pendant le dîner motus, pas un mot, le vieux savait que je savais ce qu’il pensait de moi, c’était pas la peine de dire les choses. Puisque que je savais qu’il savait que je savais que j’étais un crétin pourquoi le dire, pourquoi m’aurait-il dit : « Max, mon fils, pourquoi tu es un crétin ? »

     Tu sais Finky je n’avais qu’une trouille c’est que le vieux cesse de penser que j’étais un crétin, s’il avait cessé il se serait peut-être mis à penser que le crétin c’était lui et, cette idée, là me faisait mal aux couilles, je voulais pas qu’il pense ça.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Que vouliez-vous Max ?

MAX : Je voulais qu’il ait une idée à lui, qu’il y ait au moins une idée dont il soit sûr, histoire qu’il y est pas rien autour de lui.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Il n’y aurait rien eu pour boucher ce vide Max ?

MAX : Je te vois venir Finky, toi et Sigmund je vous vois avec la  castration du vieux, je vous vois causer tous les deux. « Docteur Freud, que tu lui demandes, que pensez-vous de ce pauvre Max qui n’arrive pas à admettre que son pauvre  crétin de vieux père était dans le vide ? » et  Freud qui te  répond : « Cher Finky, faites-le donc causer du sexe de papa maman, je ne serais pas étonné d’apprendre que la mère était frigide et que, pour le petit Max, le papa était un gros porc souillant la blancheur virginale du corps céleste de sa jolie petite maman. Vous ne croyez  pas qu’il y a de quoi laisser un vide dans l’existence d’un homme ? »           

     « Évidemment docteur Freud, si c’est ça, il y a bel et bien  de quoi créer une jolie névrose chez le fiston. »

     Mon pauvre Finky, toi et Siggy vous êtes baisés jusqu’à la moelle, jusqu’à la moelle, parce que la névrose c’est pas mon truc.

DOCTEUR FINKELSTEIN : Et pourquoi pas Max ?

MAX : Les névrosés ne passent pas à l’acte connard.

DOCTEUR FINKELSTEIN: De quel passage à l’acte me parlez-vous Max ?

MAX : C’est vrai que je n’ai pas encore eu l’occasion de te le dire, je travaille dans le crime professionnel. Regarde mon joli pétard tu vois il est toujours là, au chaud dans ma poche. Ca te la boucle hein ? Tu ne réponds pas Finky, ça te la boucle ? Tu ne t’en doutais pas ?

 

SCÈNE XIII :            JIMMY, O’MURSY   

     Jimmy est dans sa chambre.

     O’Mursy, bureau n°1

                      

O’MURSY : C’était du beau travail Jimmy, presque à la hauteur de ce que nous attendions de vous.

JIMMY : Presque Monsieur ?

O’MURSY : Dans la seconde étape il y a eu certaines choses qui...

JIMMY : Qui...

O’MURSY : Certaines choses que l’ordinateur n’a pas engrangées. Dans la troisième étape la chose s’est confirmée Jim... En pire.

JIMMY : En pire Monsieur ?

O’MURSY : En pire Jim, l’ordinateur n’a même pas répondu « je n’engrange plus ». Il s’est contenté de ne plus rien engranger du tout.

JIMMY : C’est grave Monsieur ?

O’MURSY : C’est grave Jim... Si l’ordinateur pense « je n’engrange plus » ce n’est pas la même chose que si l’ordinateur n’engrange plus sans  même le penser.

JIMMY : Big mac serait tombé en panne Monsieur ?

O’MURSY : Vous imaginez que  big mac puisse tomber en panne Jim ?

JIMMY : Que se passe t-il Monsieur,  vous ne me dites plus « Jimmy », Monsieur ? 

O’MURSY : Vous ne le méritez plus Jim, vous nous avez déçu.

JIMMY : Ce que vous dites me fait mal Monsieur. Mais j’aime mieux le savoir...

O’MURSY : C’est tracassant, mon vieux, vous semblez vous mettre à aimer mieux ceci ou cela... C’est d’ailleurs ce que vous avez dit à cette femme, ne croyez pas que nous ne l’aillions pas observer.

JIMMY : Je ne comprends pas Monsieur, sincèrement je ne vois pas à quoi vous faites allusion.

O’MURSY : Votre sincérité est superflue Jim. Vous avez dit à cette femelle : « J’aime mieux ça. » Elle était dans une certaine position, et vous avez dit : « Mets toi comme ça, j’aime mieux. » C’est exact ?

JIMMY : C’est exact Monsieur.

O’MURSY : Nous ne comprenons pas cette préférence à ce que vous pourriez “aimer mieux”.  Pourriez-vous nous l’expliquer ?

JIMMY : Non.

O’MURSY : Nous allons essayer de comprendre ensemble Jim, comme deux vieux amis. Je voudrais que nous serrions de près l’instant où l’ordinateur a cessé d’intégrer. D’accord ?

JIMMY : D’accord Monsieur.

O’MURSY : Jimmy vous étiez donc allongé à côté d’elle ?

JIMMY : Merci Monsieur.

O’MURSY : Merci de quoi ?

JIMMY : Vous venez de me dire Jimmy.

O’MURSY : C’est une manière d’encouragement... Mais ne détournez pas la conversation. Comment êtes-vous venu à vous allonger à côté d’elle ?

JIMMY : Nous étions assis, elle s’est allongée.

O’MURSY : Elle vous a dit de vous allonger ?

JIMMY : Non Monsieur.

O’MURSY : Pourquoi vous êtes-vous allongé ?

JIMMY : Je suppose que c’était pour faire comme elle... Pour travailler dans la symétrie Monsieur. Ne m’aviez-vous pas dit : « Soyez le plus symétrique possible, afin que l’autre se dévoile comme dans un miroir. »

O’MURSY : Parfaitement. Donc vous vous êtes allongé pour faire comme elle ? Vous étiez donc face à face ?

JIMMY : Oui face à face, symétriquement.

O’MURSY : Après qu’a-t-elle fait ?

JIMMY : Elle a pris mon nez.

O’MURSY : Quoi ?

JIMMY : Elle a pris mon nez entre ses doigts, et elle me l’a pincé.

O’MURSY : Elle a pincé votre nez ?

JIMMY : Oui.

O’MURSY : Elle vous a fait mal ?

JIMMY : Pas du tout, c’était une sorte de jeu. J’ai pensé que c’était ce qu’ils appellent « flirt ».

O’MURSY : Et vous êtes restés dans la symétrie Jimmy ? Vous lui avez aussi pincé le nez ?

JIMMY : Non Monsieur.

O’MURSY : Pourquoi ne l’avez vous pas fait ?

JIMMY : Je ne sais pas Monsieur.

O’MURSY : Vous ne savez pas ?

JIMMY : Oui je ne sais pas.

O’MURSY : Comment  pouvez-vous ne pas savoir ce que vous  faites Jim ?

JIMMY : Je ne sais pas Monsieur.

O’MURSY : Ensuite qu’a-t-elle fait ?

JIMMY : Elle a dit que j’étais mignon.

O’MURSY : Nous savons que vous l’êtes... Nous vous avons conçu pour qu’elles vous trouvent mignon. Ensuite Jim ?

JIMMY : Ensuite elle a fait glisser ses doigts vers ma bouche, elle a entré un de ses doigts dans ma bouche.

O’MURSY : Il s’agit d’un de leur jeu amoureux.

JIMMY : C’est ce que j’ai pensé Monsieur.

O’MURSY : Qu’avez-vous fait ensuite ?

JIMMY : Je l’ai laissé faire.

O’MURSY : Vous n’avez pas fait la même chose ?

JIMMY : C’est exact.

O’MURSY : Sciemment ?

JIMMY : Je ne sais pas.

O’MURSY : C’est la deuxième fois que vous dites  « je ne sais pas” ». Concentrez-vous : est-ce que vous êtes resté sciemment dans la non symétrie ? Réfléchissez avant de répondre !

JIMMY : J’avais l’intention de le faire, mais je crois que j’attendais.

O’MURSY : Qu’attendiez-vous ?

JIMMY : J'attendais qu’elle continue Monsieur, je me disais que j’avais le temps.

O’MURSY : Pourquoi attendiez-vous qu’elle continue ?

JIMMY : Ça me plaisait.

O’MURSY : Ça vous plaisait ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites Jim ?

JIMMY : Oui Monsieur.

O’MURSY : Continuez, après ?

JIMMY : Elle m’a dit « embrasse-moi ».

O’MURSY : Évidemment elles disent toutes ça. Comment l’avez-vous embrassé   Jim ?

JIMMY : Avec entrain Monsieur.

O’MURSY : Oui nous savons que vous êtes plein d’entrain, Jim. Mais comment avez-vous trouvé tout cet entrain ?

JIMMY : Avec ma bouche Monsieur, et avec mes mains.

O’MURSY : C’est là que ça ne va plus du tout, mais plus du tout. Que nous vous avions vous appris pour les mains ?

JIMMY : Qu’elles devaient caresser les seins Monsieur.

O’MURSY : Exactement Jim... Alors pourquoi avoir caressé les fesses, pourquoi ?

JIMMY : Ça s’est fait tout seul Monsieur.

O’MURSY : Tout seul, vous nous prenez pour des idiots ? Où avez-vous appris ça ?

JIMMY : Je ne sais pas.

O’MURSY : Qu’a-t-elle fait alors Jim ?

JIMMY : Pas grand-chose Monsieur, elle a soupiré.

O’MURSY :- Après ?

JIMMY : J’ai suivi l’instruction Monsieur, qui disait qu’après les soupirs le moment était venu de lui demander, d’une voix douce, si elle voulait  faire l’amour.

O’MURSY : Elle a dit oui ?

JIMMY : Justement elle n’a rien répondu, alors j’ai eu un moment d’indécision.

O’MURSY : Vous êtes resté longtemps dans l’indécision Jim ?

JIMMY : Pas trop longtemps Monsieur, parce qu’elle m’a touché.

O’MURSY : Elle vous a touché ?

JIMMY : Elle a touché ma bistrouquette.

O’MURSY : Nous savons cela Jim. C’est après cela que l’ordinateur a cessé d’engranger. Vous avez, en effet, dit à ce moment-là, quelque chose pour quoi vous n’étiez absolument pas préparé mon garçon !

JIMMY : Qu’est-ce que j’ai dit Monsieur ?

O’MURSY : Vous avez dit à la femelle : « Mets-toi sur moi, j’aime mieux ».  Nous avons deux questions à vous poser Jim :

1°- qu’est-ce que ça veux dire : « j’aime mieux » ?,        

2°- comment a pu vous venir cette idée que personne de chez nous, vous a enseigné ? Vous ne répondez pas ?

JIMMY : J’ai dit « j’aime mieux » ?

O’MURSY : Oui vous l’avez dit.

JIMMY : Je n’arrive pas à me le rappeler.

O’MURSY : Vous doutez de ce que je vous dit Jim ?

JIMMY : Je ne me permettrais pas Monsieur.

O’MURSY : Et le « mets-toi sur moi » d’où vous est-il venu ?

JIMMY : Je ne sais pas.

O’MURSY : Le plus embêtant c’est ce qui s’est passé après Jim. Vous vous rappelez ce que vous avez dit après ? Vous vous rappelez ou non ? Parce que  c’est après ce que vous avez dit que l’ordinateur est tombé en panne. Je vais vous aider à vous souvenir, qu’avez-vous fait après que la femelle se soit mise sur vous, Jim ?

JIMMY : J’ai fait l’acte Monsieur, avec ma petite bistrouquette.

O’MURSY : Si vous n’aviez fait que vous servir d’elle il n’y aurait eu aucun problème Jim mais que s’est-il passé ? Que nous avions vous enseigné Jim ?

JIMMY : Premièrement on sort sa bistrouquette, deuxièmement on la rentre, troisièmement on l’agite.

O’MURSY : Et quatrièmement  Jimmy ?

JIMMY : Quatrièmement Monsieur on se tait.

O’MURSY : Et pourquoi on se tait Jimmy ?

JIMMY : On se tait pour écouter ce que la femme va dire.

O’MURSY : Et pourquoi on doit écouter Jimmy ?

JIMMY : On doit écouter pour apprendre ce qu’elle dira, pour apprendre ce qu’est une parole d’amour.

O’MURSY : C’est exactement ça Jim, et à la place de ça qu’avez vous fait mon vieux ? Vous ne vous rappelez pas ? Et bien je vais vous dire ce que vous avez fait, Jim ; vous avez rompu notre pacte, c’est vous qui avez causé. Ca l’a empêché de parler et du coup nous ne savons pas ce qu’elle aurait dit... Vous vous rendez compte que c’est très embêtant ? Naturellement vous allez encore me dire que vous avez oublié ce que vous avez dit ?

JIMMY : C’est vrai Monsieur j’ai oublié, qu’est-ce que j’ai dit ?

O’MURSY : Vous lui avez dit : « Tu es ma petite sauterelle rose » entendez-vous Jimmy ce que vous avez dit ?"